Creation 

On ne naît pas artiste, on le devient. Chacune des expériences personnelles et singulière d’un artiste donne forme à ses visions, à ses techniques, à ses moyens d’expression. C’est le cas de Jeffrey, un de nos jeunes adultes qui a développé un talent unique pour la peinture, apprenant à maîtriser les couleurs comme personne. Ses couleurs, ce sont celles de la vie qu’il rend à ceux qui ont disparu de la sienne.

Jeffrey a remporté le deuxième prix du concours de peinture organisé dans le cadre de la Journée Mondiale contre le Travail des Enfants au parc Rizal, le 17 Juin dernier. Son œuvre a été choisie parmi plus de 20 peintures réalisées par d’autres enfants en compétition.

Questionné sur le sens de son œuvre, il explique que cet enfant vêtu d’un uniforme en lambeaux, crucifié sur une croix de bois, un stylo à la main, est une allégorie de la condition des enfants forcés de travaillé, privés de fait de leur droit à l’éducation et à des conditions de vie décentes. La crucifixion représente l’oppression permanente qui est la leur. Son travail, ainsi que celui des deux autres gagnants du concours sera exposé dans le bureau de Aiza Seguerra, Haut-Commissaire national pour la Jeunesse.

Contours 

Jeffrey est un jeune adulte résident de la maison Ella Yallah. Avant d’être pris en charge par Virlanie, Jeffrey n’a pas eu une vie facile. Sa mère a été jetée en prison pour avoir volé de quoi nourrir ses fils. Leur beau-père les a un jour emmené, lui et son frère Benzar, au commissariat pour rendre visite à leur mère. Il était supposé revenir les chercher quelques heures plus tard mais n’est jamais revenu. Ils ont purement et simplement été abandonnés par leur supposée figure paternelle.

Abstraction 

Devant la tournure des évènements, le tableau de leur vie s’est soudainement assombri et il était devenu de plus en plus difficile, sans couleurs ni contours clairs, d’en percevoir le sens. Alors âgés respectivement de 4 et de 6 ans, Jeffrey et Benzar ont passé plusieurs nuits au commissariat, dans l’incertitude la plus totale quant à leur avenir. Au bout d’un certain temps, une fois les procédures administratives effectuées, ils ont été pris en charge par un centre d’accueil spécialisé : le RAC (« Reception and Action Center »).

Estompage

Pour un peintre, l’art de l’estompage consiste à travailler un fondu de différentes couleurs de façon harmonieuse. Les couleurs contrastées de la vie de Jeffrey et de Benzar se sont adoucies et estompées quand ils ont quitté le RAC pour être transférés chez Virlanie en octobre 2005. Cette étape de leur vie marque l’introduction de nouvelles couleurs sur la toile de leur destin.

Retouches 

Douze ans se sont écoulés et Jeffrey est devenu un jeune homme responsable, il est même devenu l’un des leaders des jeunes adultes de Virlanie. Il obtient de bons résultats à l’école et a, de toute évidence, trouvé dans l’art un moyen d’expression privilégié. Participant assidu des ateliers de SiBuHi, il s’est non seulement distingué pour ses talents en peinture, mais a aussi développé un vrai goût pour la musique.
Grâce à nos équipes dévouées : parents de maison, travailleurs sociaux, psychologistes, professionnels médicaux et enseignants, Jeffrey s’est vu offrir, comme tous les enfants de Virlanie, les moyens d’un développement holisitique. Conscient de ses forces et de ses atouts, il a pu au travers de ce concours porter la voix de ceux qu’on n’entend pas, et défendre les droits des enfants au travers de la création.