Rosemarie et Danchelle, deux de nos jeunes adultes d’Elizabeth Home, ont poursuivi leurs activités de plaidoirie dans le cadre de la campagne «Creating Spaces». L’objectif de la campagne est de mettre fin aux mariages précoces et forcés aux Philippines. Accompagnées d’autres jeunes, Rosemarie et Danchelle ont représenté la région NCR (« National Capital Region ») lors d’un congrès à Bukidnon – Mindanao, organisé par le Comité Législatif Philippin pour la population et le développement [Philippine Legislators’ Committee on Population and Development (PLCPD)] et des organisations partenaires, du 19 au 23 novembre 2018.

Ce congrès était le troisième événement de plaidoyer pour la jeunesse organisé par le PLCPD auquel nos filles d’Elizabeth ont participé cette année. Précédemment, elles ont pu assister à un atelier de plaidoyer et une conférence de presse autour d’un projet de loi devant être soumis au Sénat .

http://www.virlanie.org/news/article/When_policy_change_starts_with_youth_leaders_Rosemarie/
http://www.plcpd.org.ph/advocacy-groups-introduce-proposed-law-to-prohibit-child-marriage-in-the-philippines/

 

Les mariages précoces aux Philippines

Aux Philippines, les mariages précoces et les mariages forcés (CEFM) sont une forme de violence courante à l’égard des femmes et des filles. Elle reste cependant très rarement évoquée. Le CEFM est une violence institutionnelle contre les droits fondamentaux des femmes et des filles. Le CEFM compromet également la sécurité des femmes et des filles, perturbe leurs chances d’épanouissement et de développement personnel et les expose à des risques de violence domestique.
Malheureusement les institutions de la société, les normes sociales, les pratiques culturelles et traditionnelles, et les lois, contribuent à la prévalence des CEFM et de la violence à l’égard des femmes et des filles.

Selon Jessica Lagatic, coordinatrice du programme d’accompagnement à la vie indépendante (ILP) de Virlanie, que ce soit dans les communautés religieuses ou non, l’une des principales raisons des mariages précoces et forcés est la pauvreté : « Les CEFM ont souvent lieu dans les communautés pauvres et isolées. Lorsque la famille est trop pauvre, les enfants n’ont pas le choix et sont obligés de se marier. Nos jeunes sont sensibles à ces thèmes : pauvreté et absence de choix. »

Selon l’autorité statistique des Philippines, les mariages de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans représentaient 12,2% de l’ensemble des mariages enregistrés aux Philippines en 2013, soit quatre fois plus que ceux impliquant des jeunes garçons de cette tranche d’âge.
Aux Philippines, le contrat de mariage est régi par deux lois : le décret 209 du code de la famille et le décret présidentiel 1083 du code de législation musulmane (CMPL). Le Code de la famille prévoit que les deux parties doivent avoir au moins 18 ans au moment du mariage. Un mariage impliquant un mineur (de moins de 18 ans) est considéré comme nul, même si les parents ou les tuteurs donnent leur consentement. En même temps, la CMPL déclare que les musulmans peuvent se marier avant 18 ans : l’homme musulman doit être âgé d’au moins 15 ans et la femme musulmane doit avoir au moins l’âge de la puberté (12-15 ans).
Bien que cela ne figure pas dans les lois écrites, la pratique du mariage précoce a été observée dans les communautés autochtones des Philippines. Parmi la population philippine non musulmane et non autochtone, il existe de nombreux cas de cohabitation entre couples de moins de 18 ans, principalement à la suite d’une grossesse précoce.

« Créer des espaces pour agir contre la violence à l’égard des femmes et des filles »: impliquer la jeunesse philippine

Dans ce contexte, le PLCPD, aux côtés d’Oxfam, de la Fondation Al-Mujadilah pour le développement, de Philippine Business pour le progrès social et de l’United Youth of Philippines-Women, ont conclu un partenariat dans le cadre du projet « Créer des espaces pour lutter contre la violence à l’égard des femmes et des filles ».
D’un point de vue législatif, ils ont réclamé le dépôt du projet de loi interdisant le mariage précoce à la Chambre des représentants et au Sénat lors du 17ème congrès.


« Notre proposition de loi a déjà été signée par l’une des représentantes, Honorable Bernadette, et elle va le transmettre au Sénat. Nous avons déjà eu une conférence de presse au cours de laquelle nous avons parlé à des législateurs »
, déclare Rosemarie.

Parmi les autres stratégies visant à réduire le nombre de mariages précoces et à prévenir la violence à l’égard des femmes et des jeunes filles, on peut citer le renforcement de l’autonomie des individus au soin des communautés, en particulier des femmes et des filles, et des institutions pour répondre aux besoins des victimes de violence.
À la suite des précédents événements de plaidoyer, le PLCPD et ses partenaires ont organisé un congrès pour les défenseurs de la jeunesse des régions de Luzon, Visayas et Mindanao sur le thème du mariage précoce.

Ce camp de jeunes de cinq jours s’est tenu dans le parc forestier de Dahilayan, à Bukidnon, dans le but de fournir un espace de liberté et de création à 40 jeunes défenseurs des droits afin qu’ils puissent exprimer leur rôle dans le plaidoyer et partager leurs plans stratégiques.

Tout au long de la semaine, ils ont participé à divers ateliers artistiques autour du thème de la violence envers les jeunes filles et les femmes : théâtre, poésie, danse, vidéo, chant. Toutes les activités ont été suivies par des conférences et des séances de partage afin que les jeunes puissent s’exprimer, témoigner et partager leurs expériences tout en exerçant leurs compétences en leadership et travail d’équipe.

L’objectif de ce camp a été pour les jeunes représentants d’établir des stratégies de plaidoyer et de sensibilisation au sujet du CEFM pour leurs régions spécifiques :
«Ils nous ont regroupés par région. Dans la RCN, nous prévoyons déjà d’organiser des formations et des colloques à l’intention des communautés pour que celles-ci soient sensibilisées. Nous organiserons des ateliers comme ceux proposés lors du camp afin d’éduquer et de partager des informations sur notre plaidoyer. Parce qu’ici dans les communautés, en particulier dans la RCN, on ne parle pas de cette question. Ils ne savent rien à ce sujet. Certaines personnes pensent que le mariage arrangé n’existe que dans les livres. Auparavant, je pensais moi aussi, que le mariage arrangé était réservé aux personnes riches », témoigne Rosemarie.

 

Rosemarie : une jeune leader très active lors de l’événement

Jessica Legatic, coordinatrice de l’ILP et accompagnatrice des jeunes filles, a été impressionnée par l’implication exceptionnelle de Rosemarie dans ce plaidoyer : « Rosemarie était très active, elle est devenue le leader de son groupe. Elle a reçu de nombreux prix. Elle est également très spontanée et débrouillarde. Dès que nous sommes rentrés à Manille, elle s’est adressée à moi concernant la suite du plaidoyer et son organisation avec les autres jeunes de la RCN. Nous allons, en effet, planifier cela très prochainement. »

Rosemarie, d’autre part, a confié qu’elle envisageait de mettre en œuvre un plan de plaidoyer auprès de Rising Youth, l’organisation pour jeunes adultes de Virlanie : « Nous prévoyons de poursuivre le plaidoyer auprès de Rising Youth. Nous avons juste besoin de de nous coordonner. Ce n’est pas facile parce que le sujet est tellement lourd. Mais je crois pouvoir les encourager car même moi au début, j’ai pensé: «Qu’est-ce que je fais ici? Je n’y connais rien, je ne connais pas ces droits et ces projets de loi », mais ensuite, il y a eu le témoignage de cette femme, victime d’un mariage arrangé. Son histoire m’a profondément inspirée et je souhaite lutter pour qu’il n’y ait plus aucune victime de mariage précoce. ”

Que ce soit auprès des Rising Youth, du personnel et des bénéficiaires de Virlanie, en passant par les communautés les plus pauvres de la région de la RCN et jusqu’au Sénat, ces jeunes leaders passionnés se feront sûrement entendre.