Teresita s’est rendue au siège de la Fondation Virlanie le 16 juin 2020. On dirait une jeune fille comme toutes les autres, elle porte une jolie robe, des sandales compensées, ainsi que des accessoires qui rehaussent sa beauté. Ce jour-là, Teresita est accompagnée de sa mère. Sa mère, ce sont ses yeux : Teresita est aveugle depuis son année de première au lycée. C’est l’expérience la plus difficile qu’elle et sa famille ont eu à traverser. Cependant, sa cécité lui a fait découvrir des choses nouvelles dans la vie et Teresita a appris à vivre avec sa cécité, renforçant ainsi sa détermination face aux nouveaux défis qu’elle pourra rencontrer.

« Je ne me souviens pas vraiment comment j’ai été sélectionnée pour devenir bénéficiaire de Virlanie. C’est ma mère qui s’était occupée de tout. Je me rappelle avoir suivi des cours de soutien tous les samedis, écrit des lettres à mes parrains et marraines, leur avoir raconté ma vie à l’école, mes notes… » nous dit Teresita.

Virlanie a apporté son soutien en participant aux dépenses scolaires de Teresita. D’après elle, sa famille ne pouvait pas se permettre des dépenses supplémentaires liées à ses projets scolaires. « Ces allocations qui m’ont été accordées ont été d’une grande aide pour mes parents, qui n’ont pas d’emploi stable. Mon père travaillait comme agent de sécurité et ne gagnait que le salaire minimum » a ajouté Teresita.

Lorsque Teresita a commencé à avoir des problèmes aux yeux, Virlanie l’a également aidée pendant son parcours de soin, des examens aux opérations. « Virlanie m’est venue en aide lors de mon hospitalisation, pour mon opération et mes médicaments. Je pensais, dans une certaine mesure, que Virlanie ne m’aiderait plus après tout ce qu’ils avaient fait pour moi. Je pensais qu’il n’y avait pas d’autre bénéficiaire en situation de handicap. Quand je suis devenue aveugle, je n’avais plus d’espoir. Je me suis demandée : « Comment Virlanie pourrait m’aider si je ne peux plus leur donner ce qu’ils attendent de moi ? Comment faire pour continuer à exceller dans mes cours ? » nous a confié une Teresita en larmes.

Son opération des yeux n’ayant pas réussi, Teresita a temporairement arrêté ses études. Virlanie s’est assurée que Teresita reste active lors de cette période. Teresita est devenue masseuse pendant quelque temps, jusqu’à ce qu’elle décide de poursuivre ses études universitaires.

« Virlanie a toujours été avec moi jusqu’à ce que j’obtienne mon diplôme en éducation de jeunes enfants. Virlanie m’a aidé à poursuivre mes études, et même si je suis malvoyante, je n’ai jamais été jugée ou considérée comme incapable. Au contraire, Virlanie m’a donné une chance, une opportunité de prouver que, malgré mon handicap, je peux exceller et réaliser tous mes rêves » a dit Teresita.

Teresita et sa mère, Ate E, ont pris quelques pauses pendant l’entretien. Raconter leur histoire à Virlanie a été un moment émouvant pour elles deux, et quelques moments de détente ont été bienvenus.

« Nous ne nous attendions pas à ce qu’elle devienne aveugle. Mais un jour, elle faisait une sieste en rentrant de l’école et s’est réveillée en hurlant qu’elle ne voyait plus », nous dit sa mère Edelina. « Au départ, sa cécité était si douloureuse pour nous. J’ai prié Dieu pour qu’il nous dise pourquoi tout cela était arrivé à Teresita. Mais c’est allé jusqu’au point où Teresita s’est enfermée dans la salle de bain avec un couteau, voulant se suicider. Je lui ai alors dit que nous allions surmonter cette épreuve, que Dieu ne nous avait jamais envoyé d’obstacle que l’on ne pouvait franchir. Nous pouvons le faire, nous devons rester ensemble. Si tu es sur le point d’abandonner, je serai là à tes côtés, à me battre pour toi. Je ne t’abandonnerai jamais. » a ajouté sa mère.

En tant que malvoyante ou aveugle, les défis ont été nombreux pour Teresita. Un jour, sa mère l’a confiée à un groupe de camarades de classe pour l’aider à participer à un projet scolaire. Mais ils l’ont laissée et elle s’est retrouvée toute seule à une station de métro à Manille. Heureusement, sa mère a pu la retrouver.         
Teresita a aussi connu des difficultés pour se rendre à ses cours à cause de mauvaises conditions météo. Un de ses professeurs a même failli la faire redoubler car elle ne pouvait pas assister à un cours.

« Parfois, je dois vraiment me battre pour ma fille. Je dois dire à ses camarades de classe que Teresita doit être bien traitée, car ils ne savent rien d’elle » a dit sa mère.

Teresita pensait être à l’abri du harcèlement scolaire, mais cela lui est arrivé en terminale, de la part d’autres camarades de classe aveugles. A cette époque, Teresita avait du mal à se faire à sa cécité, elle avait des difficultés à lire le braille et à communiquer avec ses pairs. Cependant, Teresita s’est montrée déterminée à apprendre le braille et elle a pu avancer dans ses études.

« J’ai persévéré dans mon apprentissage du braille, jusqu’à ce que j’arrive à lire et à étudier en toute indépendance. Finalement, j’ai pu rattraper toutes mes leçons, je suis devenue une excellente élève, et j’ai été diplômée avec les honneurs. Tous mes efforts ont été récompensés lorsque j’ai été diplômée du lycée. J’ai appris que peu importent les obstacles sur ma route, ce n’est pas une excuse pour abandonner et céder à la médiocrité » a dit Teresita.

A l’université, Teresita a eu des difficultés à utiliser la technologie, comme par exemple se servir de PowerPoint afin de présenter ses travaux universitaires. Elle a appris à utiliser PowerPoint grâce à un lecteur d’écran utilisé par d’autres personnes aveugles.

Teresita a également connu le harcèlement et la discrimination de la part d’autres étudiants et de professeurs. « Il ne s’agit pas exactement d’harcèlement physique ou verbal. Moi j’appelle cela du harcèlement émotionnel » confie Teresita. « Vous le sentez à la manière dont on vous traite. Certaines personnes vont dire qu’elle avaient oublié mon handicap, ou que je n’ai pas l’air d’une aveugle » a dit Teresita. « Une fois, je n’ai pu répondre aux attentes d’un de mes professeurs. Il m’a alors crié dessus devant tous les étudiants lors de ma présentation. Cela m’a traumatisée au point que je voulais tout arrêter. Il m’a dit que ma cécité n’était pas une excuse pour ne pas travailler. J’ai alors réalisé que même s’il me traitait durement, je lui en étais reconnaissante car il m’a fait comprendre je devais être mon propre moteur si je voulais apprendre et comprendre de nouvelles choses. » a ajouté Teresita.

Cette année, Teresita envisage de passer l’examen de licence pour les enseignants afin de pouvoir exercer officiellement en tant qu’enseignante. Elle veut travailler à l’école publique, pour des élèves en situation de handicap comme elle. Elle souhaite également obtenir des diplômes d’études supérieures et de troisième cycle, lorsqu’elle sera capable de le faire financièrement. Elle a beaucoup de rêves pour sa famille, elle aide financièrement ses frères et sœurs jusqu’à la fin de leurs études. Elle fait également des cadeaux à sa famille pour les remercier du soutien qu’ils lui ont apporté.

Regardez cette vidéo pour en apprendre davantage sur Teresita et son histoire :

Teresita et l’éducation inclusive

Teresita croit en l’éducation inclusive, et plus spécialement pour les élèves en situation de handicap comme elle. Pour Teresita, l’éducation inclusive requiert une grande responsabilité. Les enseignants et les écoles doivent bénéficier des ressources et formations adéquates pour qu’ils puissent dispenser une bonne éducation à tous les élèves, quels qu’ils soient.

Teresita pense que les enseignants devraient être formés et apprendre comment travailler avec des élèves en situation de handicap. Les enseignants devraient bien connaître leurs besoins et intervenir de manière appropriée auprès de ces élèves. « J’ai été invitée à participer à une table ronde à l’université, et avec nos professeurs nous avons réfléchi à comment améliorer l’accueil et la prise en charge des étudiants en situation de handicap dans notre université » a dit Teresita.