Mardi 16 mai dernier, dans le cadre du festival « PhilFrance : Feel French », un forum organisé par l’ambassade de France sur le thème de la solidarité féminine s’est tenu à Makati. « She for She » visait à promouvoir les droits des femmes et leurs actions solidaires dans l’engagement politique, associatif, intellectuel et artistique. La journée était divisée en trois thèmes : les femmes et leurs combats politiques, les femmes et leur indépendance (média, économie, éducation), les femmes et leur corps. De nombreuses personnalités philippines (Sr Mary John MananzanSenator Risa HontiverosMina Roces entre autres…) se sont exprimées afin de partager leurs expériences et d’engager la discussion sur nos valeurs communes. Voici une citation, qui, à nos yeux, résume bien le ton de la journée. L’activiste féministe Sabrina Gacad, répond à la question : « Comment définiriez-vous la solidarité féminine ? » :

Toutes les femmes ne sont pas diplômées de l’école, toutes n’obtiennent pas des emplois décents, rémunérés à des salaires décents. Toutes les femmes ne choisissent pas de se marier, certaines y sont contraintes, et certaines en rejettent l’idée même. Certaines décident de fonder une famille, d’autres décident de ne pas avoir d’enfants, certaines ont des situations qui ne correspondent pas à leurs espérances, tandis que d’autres ne peuvent se permettre le luxe d’avoir des espérances. Mais nous seront toutes, au moins une fois dans notre vie, méprisées pour notre situation, comme si elle était le produit de mauvaises décisions, de mauvais jugements ou de notre trop grande émotivité.
La solidarité exige de rejeter ces jugements et de croire que les femmes font ce qu’elles pensent être les meilleures dans la limite de leurs possibilités. La solidarité demande d’être créatif pour unir les femmes (et les hommes) dans leur diversité, pour améliorer les conditions qui empêchent les femmes d’accéder à une vie meilleure.

Dans l’après-midi, notre fondation a été représentée par Ma. Emma Ruga-Solasco, responsable des relations extérieures et invitée du panel de discussion sur les femmes et leur indépendance économique. Ate Emma a non seulement présenté notre association, mais aussi pu échanger sur son engagement avec d’autres femmes issues du tissu associatif philippin.

 Par ailleurs, nous sommes très fiers de nos jeunes adultes (jeunes filles de la maison Elizabeth et jeunes hommes de la maison Ella Yallah) qui ont fait leur propre plaidoyer sous la forme d’une performance oratoire chorégraphiée. Ils ont, dès le mois de janvier, eux-mêmes rédigé ce texte basé sur leur propre histoire. Au fil des mois, nos jeunes artistes ont mis en place une chorégraphie poignante pour l’incarner. A raison de répétitions intensives, ils ont élaboré cette performance et, une fois sur scène, touché leur public en plein cœur. L’émotion dans la salle était palpable, y compris pour les personnes qui ne parlaient pas tagalog. Nous vous proposons ci-dessous la traduction de leur poème :

Alors que je levais les yeux vers le ciel
Pour moi, l’image de Dieu s’est assombrie
Je me suis posé tant de questions : « Quoi ? Où ? Comment ? Pourquoi ? »
« Dieu n’existe pas », voilà ce que j’ai cru.

Quelle-est cette ombre noire ?
Surgissant de nulle part, attaquant n’importe qui
Prenant la forme de mon père, parfois celle de mon oncle
Toutes les nuits, ils m’ont chassé
Juste là, à mon chevet.

J’ai erré sans but, pleurant dans le néant.
Tandis que je marchais, mon corps frêle a été exposé à la chaleur insoutenable du soleil
J’ai ramassé les ordures, afin de me nourrir

Comment pouvais-je me soustraire à cette vie qui a toujours été la mienne ?
Toujours à chaparder et à détrousser, on m’appelait « vautour »,
La loi ne me laissait aucun répit, me poursuivant comme un chien affamé

Peu importait que je me couvre le visage
Ou que je me maquille pour l’embellir,
Je ne pouvais pas dissimuler la douleur
Alors même que mon corps devait séduire ?

Les lumières de ma maison ont faibli 
La charpente était sur le point de s’écrouler
J’ai lentement rongé mes chairs sans que personne ne s’en soucie
Objet de maltraitance plutôt que de soins attentifs

La vie a été injuste avec moi
Sans amour, ni joie
Comme un prisonnier avide de liberté,
Au jeu de la vie, je suis toujours le perdant

Cher Créateur,
Pourquoi m’avoir infligé cela ?
N’ai-je pas été assez sincère dans ma foi ?
Est-ce bien toi qui m’a condamné à cet enfer ?

Toi, sais-tu qui a pêché ?
Vous tous, savez-vous quand je serai libéré ?
A la dépravation j’ai été conduit
Par quelqu’un qui se faisait passer pour Dieu ?

Le destin a été si injuste avec moi
Il n’en a fait qu’à sa tête
Et a choisi de m’ignorer

Le destin a été si injuste avec moi
Ce n’est pas ma faute, pourquoi dois-je en payer le prix ?
Attendez, payer ?
C’est moi ! Si j’étais payé
Alors ils m’habillaient
J’ai enduré toutes les peines

J’ai vendu de la drogue dans la rue
Je me suis fardé et grimé
J’ai adulé les barons de la drogue

Comme si mes questions « Quoi ? Où ? Comment ? Pourquoi ? »
Devenaient une épine, grandissante à la mesure de ma colère
Les discriminations de la société ont été mon plus grand tourment
Ma vie se déroulait sur la lame de la Grande Faucheuse

Nous ne sommes que des objets
Nous, les enfants chahuteurs et inconscients
Pour eux, notre innocence était leur arme
Mais les enfants n’ont ni voix ni pouvoir

J’ai demandé justice, le silence a été leur seule réponse
J’ai demandé justice, les excuses ont été leur seule réponse
Je demande justice, les menottes sont leur seule réponse
Je demande justice, les cadavres sont leur seule réponse

Nos jeunes adultes espèrent avoir d’autres occasion de présenter cette performance, notamment à l’occasion du Child’s Right Network.
Vous pouvez, en suivant ce lien, retrouver une partie des conférences du forum publiée par Rappler.